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Petite série : pourquoi le coût d'une pièce baisse quand vous fabriquez par lots, et comment fixer son prix
« Plus j'en fais, moins ça me coûte. » Vous l'avez sûrement ressenti : la dixième pièce d'une série file bien plus vite que la première, et pourtant vos prix sont les mêmes que vous en fabriquiez une ou dix. Dans un sens, c'est une bonne nouvelle, parce que votre temps est mieux utilisé. Dans l'autre, c'est un piège : si vous chiffrez tout sur le meilleur cas, la moindre commande isolée vous fait travailler à perte. Voici comment mesurer ce que la série change vraiment, et fixer un prix qui tient dans les deux situations.
1. Pourquoi une pièce coûte moins cher en série
Quand vous fabriquez une pièce, une partie du temps dépend de la pièce elle-même : couper, coudre, peindre, cuire. Une autre partie ne dépend que de la session de travail : sortir les outils, régler la machine, préparer le patron, nettoyer le plan de travail, ranger. Cette deuxième partie, on la paie une fois, que la session produise une pièce ou vingt. Fabriquer en série consiste donc à répartir ce temps fixe sur plusieurs pièces. Le même raisonnement s'applique aux frais généraux, qui suivent votre temps de travail, et à certaines matières qu'on achète ou qu'on prépare par quantité minimale. Le coût de revient d'une pièce n'est donc pas un chiffre figé : il dépend du nombre de pièces fabriquées d'un coup.
2. Séparer le temps fixe du temps par pièce
Le travail à faire est simple, mais il faut s'y mettre une fois. Chronométrez deux sessions de tailles différentes, par exemple une pièce seule et un lot de cinq ou dix. Notez le temps total de chacune. La différence entre les deux, divisée par l'écart de pièces, donne votre temps par pièce. Ce qui reste, une fois ce temps retiré de la session d'une seule pièce, est votre temps fixe. Exemple : une pièce seule demande 50 minutes, un lot de 10 demande 230 minutes. Le temps par pièce est (230 − 50) ÷ 9 = 20 minutes, et le temps fixe est 50 − 20 = 30 minutes. Ces 30 minutes de réglage, de préparation et de rangement sont ce qui fait toute la différence entre un petit et un grand lot.
3. Un exemple chiffré : le porte-cartes en cuir
Reprenons ces chiffres pour un porte-cartes. Le cuir et les fournitures coûtent 5,00 € par pièce, l'emballage 0,60 €. Votre taux horaire est de 20 €, vos frais généraux de 5 € par heure de travail. Fabriqué seul, il demande 50 minutes : 16,67 € de main d'œuvre, 4,17 € de frais généraux, soit un coût de revient de 26,44 €. Vendu 32 €, la marge n'est que de 17,4 %. Fabriqué dans un lot de 10, la session prend 230 minutes, soit 23 minutes par pièce : 7,67 € de main d'œuvre et 1,92 € de frais généraux par pièce. Le coût de revient tombe à 15,19 €, et le même prix de 32 € laisse 52,5 % de marge. Entre la pièce seule et la pièce de série, le coût varie de plus de 40 %, sans que la matière ni votre geste aient changé.
- Cuir et fournitures
- 5,00 €
- Emballage
- 0,60 €
- Main d'œuvre, 50 min à 20 €/h (pièce seule)
- 16,67 €
- Frais généraux, 50 min à 5 €/h
- 4,17 €
- Coût de revient, pièce seule
- 26,44 €
Pièce seule, vendue 32 €
17,4 %
Lot de 10 (coût 15,19 €), vendu 32 €
52,5 %
4. Quelle taille de lot retenir pour fixer son prix
Il serait tentant de baser tous vos prix sur le lot de 10, puisque c'est lui qui donne la meilleure marge. Ne le faites que si vous en vendez réellement dix, dans un délai raisonnable. Choisissez la taille de lot que vous produisez en pratique, celle de vos trois ou quatre dernières sessions, pas celle dont vous rêvez. Posez-vous aussi la question du stock : dix pièces fabriquées aujourd'hui qui se vendent en huit mois, c'est de la trésorerie immobilisée, et un risque si le modèle passe de mode. Une règle de prudence consiste à calculer son prix sur un lot qui s'écoule en un à deux mois, puis à garder en tête le coût de la pièce isolée pour décider quoi faire d'une commande à l'unité.
5. Ce que la série ne fait pas baisser
Certains coûts ne bénéficient d'aucun effet de lot. Les frais d'expédition se paient par commande, pas par pièce produite. Les frais de plateforme ou de paiement sont un pourcentage du prix de vente et ne bougent pas. La matière suit la quantité : dix pièces consomment dix fois la matière d'une seule, et un lot raté la perd dix fois plus vite. Autrement dit, la série est un levier sur votre temps et sur vos frais généraux, pas une baisse magique de tous les postes. Pensez aussi à la perte : si un défaut systématique touche toute la série, vous ne perdez pas une pièce, vous perdez la session entière.
6. Que faire d'une commande à l'unité
Une fois que vous connaissez les deux coûts, vous pouvez trancher en connaissance de cause. Le plus souvent, on garde un prix catalogue basé sur le lot habituel, et on traite à part la commande isolée ou sur mesure : supplément pour pièce unique, délai plus long le temps de regrouper plusieurs commandes, ou plafond de pièces gratuites en retouche. Dans l'exemple, vendre 32 € une pièce qui coûte 26,44 € isolée est tenable occasionnellement, mais pas comme règle. Pour 40 % de marge sur une pièce seule, il faudrait 44,07 € : écart que vous pouvez justifier par un supplément clairement annoncé, plutôt que de le subir en silence.
Le coût d'une création n'est pas une constante : il bouge avec la taille de vos séries, parce que le temps de préparation se partage entre les pièces. Séparez le temps fixe du temps par pièce, calculez votre prix sur un lot réaliste, et gardez le coût de la pièce isolée sous la main pour les commandes à l'unité. Avec CopilArt, le mode lot répartit pour vous matières, temps et frais généraux sur la série, et vous voyez tout de suite la marge pour 1, 10 ou 20 pièces.
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