27 juillet 2026 · 8 min de lecture
Comment calculer votre prix de gros quand une boutique veut revendre vos créations
Une boutique de votre quartier vous contacte : elle aimerait revendre vos créations, et vous demande votre « prix pro » ou votre « prix de gros ». Beaucoup d'artisan·es répondent en divisant leur prix public par deux, au hasard — et découvrent quelques mois plus tard qu'ils travaillent quasiment à perte sur ce canal-là. Le prix de gros n'est pas une simple remise sur votre prix affiché : c'est un calcul à part entière, qui doit protéger votre marge tout en laissant au revendeur la sienne. Voici comment le construire, sans y laisser de plumes.
1. Pourquoi le prix de gros n'est pas votre prix public divisé par deux
Diviser son prix par deux revient à supposer que la moitié de votre marge suffit à couvrir votre travail, et que l'autre moitié revient entièrement au revendeur. En réalité, la boutique applique son propre coefficient multiplicateur sur le prix que vous lui facturez pour fixer son prix public à elle. Votre prix de gros doit donc être calculé à partir de deux contraintes séparées : ce qu'il vous faut pour rester rentable, et ce que le marché peut absorber une fois le coefficient du revendeur appliqué par-dessus.
2. Partir de votre coût de revient, jamais de votre prix affiché
La base du calcul reste la même que pour n'importe quel canal de vente : votre coût de revient complet, matières, main d'œuvre, machine et frais généraux compris. Le prix de gros doit couvrir ce coût et vous laisser une marge, même réduite par rapport à votre vente en direct — vendre en gros signifie accepter une marge unitaire plus faible en échange d'un volume ou d'une visibilité que vous n'auriez pas seul·e. Ce qu'il ne faut jamais faire, c'est partir de votre prix public pour « remonter » vers un prix de gros : vous perdez alors le fil de ce que la vente vous coûte réellement.
3. Le coefficient du revendeur, et ce qu'il change pour vous
Une boutique applique généralement un coefficient multiplicateur de 2 à 2,5 sur le prix de gros pour fixer son propre prix public : elle couvre ainsi son loyer, son équipe et sa marge à elle. Concrètement, si vous facturez 10 € à une boutique qui applique un coefficient de 2,2, votre création sera affichée à 22 € en rayon. Ce coefficient n'est pas négociable dans l'absolu — il dépend du positionnement de la boutique — mais il conditionne directement le prix de gros maximum que vous pouvez pratiquer sans que le prix final ne devienne dissuasif pour le client.
4. Garder une cohérence entre votre prix public et votre prix pro
Si votre prix de gros, une fois multiplié par le coefficient du revendeur, donne un prix boutique très supérieur à votre prix de vente en ligne, vous créez un problème pour tout le monde : les clients achèteront chez vous plutôt qu'en boutique, et le revendeur finira par ne plus vous commander. À l'inverse, si votre prix public en ligne est plus cher que le prix boutique, c'est vous que le client délaissera. La règle usuelle est de garder un écart maximum de 10 à 15 % entre les deux, dans un sens comme dans l'autre.
5. Le cas particulier du dépôt-vente
Certaines boutiques ne vous achètent pas ferme : elles exposent vos créations et se rémunèrent par une commission sur chaque vente, souvent entre 30 et 40 %. La logique de calcul s'inverse alors : vous partez du montant net que vous voulez percevoir par pièce vendue, puis vous remontez au prix affiché en divisant par (1 − taux de commission). Pour recevoir 15 € net avec une commission de 35 %, le prix affiché doit être de 15 ÷ 0,65, soit environ 23 €. Le dépôt-vente a un autre avantage à chiffrer : vous n'êtes payé·e qu'à la vente, ce qui décale votre trésorerie par rapport à un achat ferme réglé à la livraison.
6. Un exemple chiffré de bout en bout
Votre coût de revient est de 12 € et vous vendez habituellement en direct à 28 €. Une boutique vous propose un coefficient de 2,2 : pour rester dans l'écart de cohérence de 10 à 15 % avec votre prix direct, son prix public doit se situer autour de 30 €, ce qui fixe votre prix de gros à 30 ÷ 2,2, soit environ 13,60 €. Une fois votre coût de revient de 12 € déduit, il ne vous reste que 1,60 € de marge, soit 13 % — largement insuffisant. Deux leviers s'offrent à vous : négocier un coefficient plus bas avec la boutique (1,8 par exemple, ce qui remonte votre prix de gros à 16,70 €), ou augmenter légèrement votre prix direct pour desserrer la contrainte. Sans ce calcul, vous auriez accepté la commande sans savoir que vous travailliez quasiment à perte.
Le prix de gros n'est pas une case à remplir rapidement pour ne pas rater une opportunité de partenariat : c'est un calcul qui engage votre rentabilité sur chaque pièce vendue en boutique. En partant systématiquement de votre coût de revient plutôt que de votre prix public, vous savez tout de suite si un coefficient proposé par un revendeur est vivable ou s'il faut le négocier. CopilArt garde votre coût de revient à jour et vous permet de simuler plusieurs prix par canal de vente pour un même produit, sans perdre le fil d'un calcul à l'autre.
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Voir aussi : Comment calculer le coût de revient d'une création artisanale
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