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Vous dépassez le seuil de TVA en micro-entreprise : comment ajuster vos prix sans perdre en rentabilité
Dépasser le seuil de franchise en base de TVA, c'est souvent la première fois qu'on prend conscience de la taille qu'a prise son activité — et la première fois, aussi, qu'on se retrouve face à une question à laquelle personne ne vous a préparé·e : est-ce que vos prix affichés augmentent de 20 %, ou est-ce que c'est votre marge qui encaisse le choc à votre place ? Ce n'est pas une question comptable abstraite : selon la réponse, vous gardez ou vous perdez plusieurs euros sur chaque vente. Voici comment trancher, seuils 2026 à l'appui et exemple chiffré en renfort.
1. Les seuils 2026, et pourquoi il y a deux dates de bascule
En franchise en base de TVA, vous ne facturez pas de TVA à vos clients tant que votre chiffre d'affaires reste sous un seuil de base : 85 000 € pour la vente de créations (marchandises), 37 500 € pour les prestations de services. Au-delà, deux cas de figure se présentent. Si vous dépassez le seuil de base mais restez sous le seuil majoré (93 500 € en vente, 41 250 € en services), vous ne devenez redevable de la TVA qu'à partir du 1er janvier suivant — vous avez le temps de vous retourner. Si vous dépassez directement le seuil majoré en cours d'année, en revanche, la TVA s'applique dès le premier jour du mois du dépassement, sans délai de grâce. Le plafond de chiffre d'affaires de la micro-entreprise elle-même (203 100 € en vente de marchandises pour 2026-2028) est un seuil totalement différent : le franchir vous fait sortir du régime micro, mais ce n'est pas notre sujet ici.
2. Le vrai choix : la faire payer, ou l'avaler vous-même
Une fois redevable, vous facturez vos créations hors taxe (HT) et ajoutez la TVA (20 % dans la majorité des cas) pour obtenir le prix toutes taxes comprises (TTC) payé par le client. Deux options s'offrent à vous. Option 1 : vous gardez votre prix actuel comme prix HT et ajoutez la TVA par-dessus — le client paie plus cher, mais vous touchez exactement le même montant net qu'avant, au centime près. Option 2 : vous gardez votre prix actuel comme prix TTC affiché — le client ne voit aucun changement, mais une partie de ce prix part désormais à l'État, et votre net baisse mécaniquement. Aucune des deux n'est « la bonne » dans l'absolu : c'est un arbitrage entre votre rentabilité et l'acceptabilité de la hausse pour vos client·es.
3. L'exemple chiffré qui remet les pieds sur terre
Prenez une création vendue 45 € avant TVA. Si vous répercutez intégralement la TVA (option 1), le nouveau prix TTC devient 45 € × 1,20 = 54 €, et vous conservez vos 45 € nets par vente — c'est votre client qui finance la différence. Si vous absorbez la TVA en gardant 45 € comme prix TTC affiché (option 2), votre net tombe à 45 € ÷ 1,20 = 37,50 €, soit 7,50 € de moins par vente, qui s'évaporent directement dans le creux de votre marge. Sur 200 ventes annuelles de ce produit, l'écart entre les deux options représente 1 500 € — pas vraiment un détail d'arrondi. La plupart des artisan·es choisissent un compromis : répercuter une partie de la hausse pour rester sur un prix psychologique rond (54 € plutôt que 53,80 €, par exemple), et absorber le reste dans la marge.
4. Recalculez votre marge en HT — le TTC ment un peu
Avant la TVA, votre prix de vente et votre revenu net, c'était la même chose : le calcul de marge se faisait directement sur le prix affiché. Ce n'est plus vrai une fois redevable. Votre coût de revient (matières, main d'œuvre, machine, frais généraux) ne change pas — mais votre marge doit désormais se calculer sur votre prix HT, pas sur le prix TTC que voit votre client. Beaucoup d'artisan·es continuent par habitude à comparer leur coût de revient au prix TTC affiché, ce qui gonfle artificiellement leur marge apparente de 20 % sur le papier. Reprenez votre calcul de coût de revient et vérifiez que la marge que vous suiviez avant le dépassement du seuil est toujours celle que vous suivez maintenant, en HT.
5. Annoncer la hausse sans plaider votre dossier fiscal
Si vous choisissez de répercuter tout ou partie de la TVA sur vos prix, c'est une hausse de prix comme une autre pour votre client·e — elle mérite le même traitement que n'importe quelle revalorisation tarifaire, pas une explication comptable détaillée sur la franchise en base. Un message court (« nos tarifs évoluent au 1er [mois] pour refléter [raison choisie] ») suffit largement ; inutile de justifier ligne par ligne. Si le sujet de la hausse de prix vous angoisse plus largement, l'article dédié ci-dessous détaille comment décider du montant et l'annoncer sans perdre vos client·es les plus fidèles.
6. Anticiper la bascule plutôt que la subir
Le pire moment pour réfléchir à cette bascule, c'est le mois où elle vous tombe dessus sans prévenir. Suivez votre chiffre d'affaires cumulé au fil de l'année par rapport aux seuils : si vous approchez le seuil majoré en cours d'année, vous savez déjà que la bascule sera immédiate, pas différée au 1er janvier. De quoi préparer votre nouvelle grille de prix HT/TTC à l'avance, plutôt que de la recalculer dans l'urgence sur chaque produit du catalogue le jour où votre comptable vous annonce que vous êtes redevable depuis le 1er du mois.
Dépasser le seuil de TVA, ce n'est pas un problème en soi — c'est même souvent le signe que votre activité tourne mieux que l'année précédente. Le vrai risque, c'est de laisser la bascule se faire par défaut, en gardant vos prix TTC inchangés sans avoir choisi de rogner votre marge. Décidez consciemment comment vous répartissez la TVA entre vous et vos client·es, recalculez votre marge en HT, et vous traverserez ce cap sans y laisser votre rentabilité.
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