Aller au contenu principal

30 juillet 2026 · 8 min de lecture

Vous dépassez le seuil de TVA en micro-entreprise : comment ajuster vos prix sans perdre en rentabilité

Dépasser le seuil de franchise en base de TVA, c'est souvent la première fois qu'on réalise à quel point son activité a grandi — et la première fois aussi qu'on se retrouve face à une question à laquelle personne ne vous a préparé : est-ce que vos prix affichés augmentent de 20 %, ou est-ce que c'est votre marge qui encaisse le choc ? Ce n'est pas une question comptable abstraite : selon la réponse, vous gardez ou vous perdez plusieurs euros sur chaque vente. Voici comment trancher, avec les seuils 2026 et un exemple chiffré.

1. Les seuils 2026, et pourquoi deux dates de bascule différentes

En franchise en base de TVA, vous ne facturez pas de TVA à vos clients tant que votre chiffre d'affaires reste sous un seuil de base : 85 000 € pour la vente de créations (marchandises), 37 500 € pour les prestations de services. Au-delà, deux cas de figure. Si vous dépassez le seuil de base mais restez sous le seuil majoré (93 500 € en vente, 41 250 € en services), vous devenez redevable de la TVA seulement à partir du 1er janvier suivant — vous avez le temps de vous organiser. Si vous dépassez directement le seuil majoré en cours d'année, la TVA s'applique dès le premier jour du mois du dépassement, sans délai. Le plafond de chiffre d'affaires de la micro-entreprise elle-même (203 100 € en vente de marchandises pour 2026-2028) est un seuil totalement différent : le dépasser vous fait sortir du régime micro, ce n'est pas le sujet ici.

2. Le vrai choix : répercuter la TVA, ou l'absorber dans votre prix actuel

Une fois redevable, vous facturez vos créations hors taxe (HT) et ajoutez la TVA (20 % dans la majorité des cas) pour obtenir le prix toutes taxes comprises (TTC) payé par le client. Deux options s'offrent à vous. Option 1 : vous gardez votre prix actuel comme prix HT et ajoutez la TVA par-dessus — le client paie plus cher, mais vous touchez exactement le même montant net qu'avant. Option 2 : vous gardez votre prix actuel comme prix TTC affiché — le client ne voit aucun changement, mais une partie de ce prix part désormais à l'État, et votre net baisse mécaniquement. Aucune des deux n'est "la bonne" dans l'absolu : c'est un arbitrage entre votre rentabilité et l'acceptabilité de la hausse pour vos clients.

3. L'exemple chiffré qui rend la décision concrète

Prenez une création vendue 45 € avant TVA. Si vous répercutez intégralement la TVA (option 1), le nouveau prix TTC devient 45 € × 1,20 = 54 €, et vous conservez vos 45 € nets par vente — c'est votre client qui finance la différence. Si vous absorbez la TVA en gardant 45 € comme prix TTC affiché (option 2), votre net tombe à 45 € ÷ 1,20 = 37,50 €, soit 7,50 € de moins par vente, qui s'ajoutent directement en creux dans votre marge. Sur 200 ventes annuelles de ce produit, l'écart entre les deux options représente 1 500 € — pas un détail d'arrondi. La plupart des artisan·es choisissent un compromis : répercuter une partie de la hausse pour rester dans un prix psychologique rond (54 € plutôt que 53,80 €, par exemple), et absorber le reste dans la marge.

4. Recalculer votre marge en HT, pas en TTC

Avant la TVA, votre prix de vente et votre revenu net étaient la même chose : le calcul de marge se faisait directement sur le prix affiché. Ce n'est plus vrai une fois redevable. Votre coût de revient (matières, main d'œuvre, machine, frais généraux) ne change pas — mais votre marge doit désormais se calculer sur votre prix HT, pas sur le prix TTC que voit le client. Beaucoup d'artisan·es continuent par habitude à comparer leur coût de revient au prix TTC affiché, ce qui gonfle artificiellement leur marge apparente de 20 % sur le papier. Reprenez votre calcul de coût de revient et vérifiez que la marge que vous suiviez avant le dépassement du seuil est toujours celle que vous suivez maintenant, en HT.

5. Annoncer la hausse sans se justifier à l'excès

Si vous choisissez de répercuter tout ou partie de la TVA sur vos prix, c'est une hausse de prix comme une autre pour votre client — elle mérite le même traitement que n'importe quelle revalorisation tarifaire, pas une explication comptable détaillée sur la franchise en base. Un message court ("nos tarifs évoluent au 1er [mois] pour refléter [raison choisie]") suffit largement ; inutile de justifier ligne par ligne. Si le sujet de la hausse de prix vous angoisse plus largement, l'article dédié ci-dessous détaille comment décider du montant et l'annoncer sans perdre vos clients les plus fidèles.

6. Anticiper plutôt que subir le dépassement

Le pire moment pour réfléchir à cette bascule, c'est le mois où elle vous tombe dessus sans prévenir. Suivez votre chiffre d'affaires cumulé au fil de l'année par rapport aux seuils : si vous approchez le seuil majoré en cours d'année, vous savez que la bascule sera immédiate, pas différée au 1er janvier. Cela vous laisse le temps de préparer votre nouvelle grille de prix HT/TTC à l'avance, plutôt que de la recalculer en urgence sur chaque produit du catalogue le jour où votre comptable vous annonce que vous êtes redevable depuis le 1er du mois.

Dépasser le seuil de TVA n'est pas un problème en soi — c'est souvent le signe que votre activité tourne mieux que l'année précédente. Le vrai risque, c'est de laisser la bascule se faire par défaut, en gardant vos prix TTC inchangés sans avoir choisi de rogner votre marge. Décidez consciemment comment vous répartissez la TVA entre vous et vos clients, recalculez votre marge en HT, et vous traverserez ce cap sans y laisser votre rentabilité.