Aller au contenu principal

· 7 min de lecture

Comment fixer l'acompte sur une commande sur mesure sans vous faire avoir si le client annule

Un·e client·e vous commande une pièce sur mesure — un meuble, une robe, une gravure personnalisée — et vous demande de vous mettre au travail. Avant même de commander la matière ou de bloquer un créneau dans votre planning, une question se pose : combien demander d'avance, et sous quel nom l'appeler sur le devis ? Beaucoup d'artisan·es réclament un acompte « parce que tout le monde fait ça », sans savoir que le mot exact écrit sur le devis change tout si la commande est annulée en cours de route. Voici comment fixer ce montant, le rédiger correctement, et vous protéger sans effrayer votre client.

1. Un acompte n'est pas un geste de confiance, c'est une protection de votre coût de revient

Le réflexe le plus courant est de demander un acompte « pour la forme », sans trop réfléchir au montant ni à ce qu'il couvre réellement. C'est pourtant précisément ce qu'il doit couvrir : dès que vous acceptez une commande sur mesure, vous engagez des coûts avant même d'avoir été payé. Vous achetez une matière qui ne sert à rien d'autre que cette commande précise, vous bloquez un créneau dans votre planning que vous auriez pu vendre à quelqu'un d'autre, parfois vous créez un patron ou un gabarit sur mesure. Si le client disparaît après que vous avez engagé ces frais, c'est vous qui les portez seul·e. L'acompte n'est donc pas une marque de confiance symbolique : c'est la somme qui vous met à l'abri, au minimum, du coût des matières et du temps déjà engagés avant même de commencer à fabriquer.

2. Acompte ou arrhes : le mot que vous choisissez change tout si la commande est annulée

En droit français, un acompte et des arrhes ne protègent pas du tout de la même façon. Un acompte engage définitivement les deux parties : le client doit régler le solde même s'il annule sans motif valable, et vous devez réaliser la commande dans les conditions prévues. Des arrhes, en revanche, donnent à chacun le droit de renoncer au contrat à un coût fixé d'avance (article 1590 du Code civil) : si le client renonce, il perd les arrhes versées et ne vous doit rien de plus ; mais si c'est vous qui renoncez, vous devez lui rendre le double de ce qu'il a versé. Le piège est là : en l'absence de mention claire et écrite sur votre devis ou bon de commande, la loi présume par défaut qu'il s'agit d'arrhes. Si vous voulez pouvoir garder la somme versée en cas d'annulation par le client, sans risquer de devoir rendre le double si un imprévu vous empêche de livrer, le mot « acompte » doit figurer explicitement et par écrit sur votre devis — pas seulement dans une conversation ou un message.

3. Le cas particulier des commandes sur mesure : la loi ne décide rien à votre place

Il y a une nuance importante, et elle vous concerne directement en tant qu'artisan·e : le régime légal des arrhes et acomptes ne s'applique ni aux commandes spéciales sur devis, ni aux ventes de produits dont la fabrication est entreprise sur commande spéciale de l'acheteur — c'est-à-dire très exactement ce que vous faites quand vous créez une pièce sur mesure. Concrètement, cela veut dire qu'aucune présomption légale ne vient combler les trous de votre devis : c'est votre devis, votre bon de commande ou vos conditions générales de vente qui doivent tout prévoir eux-mêmes — le montant demandé, le calendrier de règlement, et ce qui se passe en cas d'annulation par l'une ou l'autre partie. Rien n'est écrit à votre place par défaut. Cette information est donnée à titre informatif et ne remplace pas un conseil juridique personnalisé : pour rédiger des conditions de vente qui vous protègent vraiment, faites-les relire par un professionnel du droit ou votre expert-comptable, surtout si vous travaillez régulièrement sur commandes sur mesure de valeur importante.

4. Combien demander, et à quel moment

Il n'existe pas de pourcentage imposé par la loi pour une commande d'artisan à un particulier : vous êtes libre de le fixer. Dans la pratique, la plupart des artisan·es demandent entre 30 et 40 % du montant total à la commande, et jusqu'à 50 % pour des pièces dont le coût matière ou le temps de mise en place est élevé. La bonne façon de choisir ce chiffre n'est pas de deviner un pourcentage qui « sonne bien », mais de partir de ce que vous allez réellement engager avant d'être payé en totalité : le coût de la matière que vous devrez acheter, et le temps de mise en place spécifique à cette commande (patron, gabarit, réglage). Le montant de l'acompte doit couvrir au moins ces coûts engagés, pour que vous ne soyez jamais en perte si la commande s'arrête en cours de route. Le solde, lui, se règle généralement à la livraison ou à la remise de la pièce finie, jamais avant que le client ait pu la voir.

5. Exemple chiffré : une commande de mobilier sur mesure à 1 400 €

Vous fabriquez un meuble sur mesure facturé 1 400 € au client. Votre coût de revient se décompose ainsi : 500 € de matière (bois, quincaillerie, finition), 600 € de main d'œuvre estimée, pour une marge de 300 €. Avant de commander le bois, vous demandez un acompte de 40 %, soit 560 €, mentionné explicitement comme « acompte » sur votre devis signé. Si le client annule après que vous avez acheté le bois mais avant d'avoir commencé à fabriquer, cet acompte couvre très largement votre coût matière déjà engagé (500 €) : vous ne perdez rien, et vous n'avez aucune obligation de rendre une somme quelconque puisqu'il s'agissait d'un acompte, pas d'arrhes. Si vous aviez oublié de préciser ce mot, la présomption légale d'arrhes aurait pu s'appliquer en cas de litige, avec un résultat très différent. Le solde de 840 € est réglé à la livraison du meuble terminé.

6. Comment le formuler dans votre devis sans effrayer le client

Demander une avance peut mettre certains clients mal à l'aise s'ils ne comprennent pas pourquoi. La présenter clairement suffit généralement à désamorcer la réticence : indiquez sur le devis le montant exact de l'acompte, le mot « acompte » lui-même (jamais laissé implicite), la date à laquelle il est demandé (à la signature du devis, avant le début de la fabrication), et ce que couvre le solde restant ainsi que son échéance (à la livraison, par exemple). Vous pouvez expliquer en une phrase que cet acompte permet de réserver la matière et votre temps de fabrication pour sa commande précise — un argument que la plupart des clients comprennent et acceptent sans discussion, parce qu'il est concret et honnête plutôt que présenté comme une simple formalité administrative.

Un acompte bien fixé n'est pas une paperasse de plus : c'est ce qui vous permet d'accepter une commande sur mesure sans craindre d'en sortir perdant·e si elle s'arrête en chemin. Le montant doit partir de vos coûts réellement engagés, et le mot choisi sur le devis — acompte, jamais laissé au hasard — décide de ce qui se passe en cas d'annulation. Avec CopilArt, vous partez du coût de revient déjà calculé pour votre création pour en déduire immédiatement un montant d'acompte cohérent, au lieu de choisir un pourcentage au hasard sous la pression d'un client qui attend votre devis.

Faites le calcul sur vos propres créations.

Gratuit pour démarrer, sans carte bancaire.

Essayer CopilArt gratuitement